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Publié : 11 février 2007

BARRIQUE ou Tonneau barriqué.

Classique figure de voltige.

Une barrique en patrouille est plus spectaculaire et plus instructive qu’en solo.
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Barrique en patrouille.
La présentation se fait de droite à gauche. Les couleurs tracent les trajectoires des avions. Une trace virtuelle au sol dessine le trajet de la figure.

La vraie Barrique. Leader d’une patrouille acro, quel réveil ! Comme tous les 365 matins par an, les sept équipiers sont là, salle de briefing. De grands tableaux avec les figures de la présentation en vol sont fixés aux murs. Chacun est assis à la place qu’il occupe en vol. France lead sur l’estrade récite la messe. Bien que les figures soient rodées depuis plus de deux ans, à raison de deux entraînements par jour, la voix du lead égraine les évolutions. Pour nous une bonne description sur le moniteur suffira pour être au top ! Tiens ! Les yeux des pilotes sont fermés ? Ils dorment ? Mais non, puisque leurs mains esquissent des mouvements en cadence, rythmés par le son et l’intonation de la voix du lead. Ah ! Je vois ! Ils mémorisent à fond de neurones. Parenthèse : Les pilotes de cette patrouille sont issus d’escadres de chasse, ils sont tous qualifiés chefs de patrouille, opérationnels. N’importe quel pilote de chasse est apte à faire partie d’une telle patrouille. Voler en patrouille France est une récréation. Planning sans surprise, avion rigolo, et beaucoup d’heures de vol durant cette affectation. Le revers de la médaille se trouve du côté familial et du côté opérationnel. Les médias, les absences, la monotonie de morpionner le bout d’aile du voisin. Fin de parenthèse. Mais en voilà une autre. La réussite d’un vol de pros est répartie entre 60 % pour le briefing et 40 % pour la mania…Pour nous, les pilotes du Dimanche, c’est 90 % au tableau blanc (ou noir) et 10 % en pilotage manuel. Si vous ne savez pas ce qu’il faut faire en vol, inutile de décoller. En l’air, l’instructeur fait la démonstration…puis explique pourquoi votre manœuvre est ratée. Fin de l’autre. Que ce soit pro ou amateur, en vol on exécute ce qui a été appris au sol. Le débriefing permet de prendre son temps pour piger. Pour la patrouille, le débriefing c’est la vidéo prise par le metteur en scène au sol pendant la démo. Pas de contestation possible !

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Le DIAMANT à HUIT
La patrouille de huit avions va se scinder à deux patrouilles de quatre pour la fin de présentation.

Mais les voilà. Les huit avions, en patrouille serrée qui déboulent sur l’axe, pour enchaîner une barrique. Ils sont en formation dite en Diamant. C’est-à-dire que deux équipiers, numéros 2 et 6 à droite, numéros 3 et 5 à gauche, sont en échelon refusé de chaque côté du numéro 1 le leader. L’échelon refusé est une position que les oiseaux tiennent pendant les longs vols, en V renversé. Derrière le lead, le Charognard, numéro 4, celui qui prendra la relève du chef dans deux ans, à ses côtés les équipiers arrières, les deux solos qui font la Percussion, le 7, leader solo à gauche et le 8 à droite. Vu de l’arrière, ça fait beaucoup de monde dans le paquet ! On y va ! La BARRIQUE. Voltige harmonieuse, tonneau tourné avec élégance. Rythme de valse lente, Strauss, le Beau Danube bleu ! La barrique est la poursuite d’un huit paresseux arrivé au point de non retour. Figure facile ! À condition de savoir ! Tous les avions devraient pouvoir tourner la barrique. Bien tournée, elle est toujours faite à des g positifs. Le lead a deux avions de chaque côté, il pilote un avion de voltige de 60 mètres d’envergure…en tangage ça va, en roulis il faut doser. Début ! BARRIQUE à GAUCHE …voix du lead. La patrouille est en piqué dans l‘axe. Le lead a affiché depuis le commencement de la présentation, un régime moteur qu’il ne modifiera plus. Par contre les équipiers, surtout les extérieurs vont jouer de la manette. Toujours en piqué, mise en virage à droite jusqu’à une inclinaison de 60° pour ouvrir de 45° par rapport à l‘axe.. Point bas, cent cinquante mètres. Les avions en échelon refusé sont en quelque sorte les ailerons de l’avion de voltige de 60 mètres d’envergure. Incliné à droite, le 2, intérieur droit, réduit un peu les gaz car il est à l’intérieur de l’arc, courbe du virage. Le 6, extérieur à droite, dans le trou, réduit encore plus les gaz. Ces deux là ne voient que les repères des avions à leur côté gauche et le ciel au dessus. A l’extérieur du virage la courbe est plus grande, le 3 à gauche, augmente un poil le régime et la profondeur arrière. Le 5, extérieur à gauche, en haut, pousse les réacteurs, les combinaisons anti-g se gonflent et serrent les bas des corps…Ces deux là observent les petits copains en bas, filant au ras du sol ! Les équipiers internes, les plus proches du leader sont plus à l’aise, mais il faut bien anticiper pour tenir sa position, les temps de réponse des réacteurs, moteurs du même nom, sont assez lents. Cette anticipation est encore plus pointue chez les extérieurs. Les pilotes 4, 7, et 8 dans le box, à l’arrière se calent derrière les cinq avions devant, un œil sur les tuyères devant eux et l’autre, sur le côté, pour rester alignés. Virage serré, inclinaison à droite, Cadence ! Profondeur arrière, et montée bien soutenue, suivie illico par le renversement de l’inclinaison, en souplesse, vers la gauche. Cette séquence d’entrée dans la barrique est capitale, elle conditionne la réussite de la figure. L’accélération passe de 2g, à 2g5, puis très rapidement à 3g et un peu PLUS pour les extérieurs. La trajectoire est décalée de 45° de l’axe, ‘ouverture’ de 45°. Le cabré est continu, il sera de 90° en position légèrement dos. Pendant tout le cabré, le roulis va faire transpirer les extérieurs. Rappelez vous ! Avions en guise d’ailerons ! Imaginez ! Les équipiers à droite vont passer de réduit à plein gaz et ceux à gauche feront l’inverse. Le jeu à la profondeur sera en arrière, g positifs, puis vers l’avant, g négatifs si le lead n‘a pas assez forcé la dose. Aux ailerons il faut garder l’étagement dans le plan du lead. Facile ! Y’a ka toujours voir un peu plus d’extrados que d’intrados de l’aile du voisin ! La trajectoire, pendant cette rotation en cabré, demi-spire, va couper l’axe sous 45° avec toute la patrouille en vol horizontal sur le dos. De petites touches à la direction pour garder l’écartement, puis relâcher la pression pour ne pas craber. Les trois avions derrière, dans le box, les 4, 7, et 8, étant en dessous, à l’extérieur de la trajectoire du 1 sont sur un plus grand rayon, en tangage l’accélération et plus forte, les g s’additionnent !

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Passage dos.
Ici la patrouille est photographiée à une altitude beacoup plus haute que lors des meetings.

Arrivé dos, les pilotes ajustent avec précision leurs places. Il y a là comme un micro-temps d’arrêt. Après le passage dos, le retour en descente est cool, la vitesse va augmenter et faciliter la tenue aux gaz. Mais attention ! Il ne reste plus que les aéro-freins pour réduire la vitesse si le coup de réduction des gaz est mal engagé, bonjour Yvette et son accordéon ! Anticiper l’inertie des réacteurs. Maintenir l’étagement avec un coup de g positifs puis négatifs et re pour ceux à droite et vise versa pour ceux à gauche. Éviter de faire le Chapeau Chinois. Le roulis se poursuit en descente. C’est au tour des équipiers à droite, de réduire les gaz ils vont passer à gauche à l’intérieur de la courbe après le cabré. Ceux à gauche, après le passage dos pour rester à l’extérieur de la courbe, vont augmenter la puissance. Maintenir la position au centimètre près ! Adrénaline ! Ressource en souplesse, bien encaisser les g, ne pas creuser. Sortie point bas 150 mètres, trajectoire à 45° de l’axe, ailes horizontales. Facile ! Le tonneau barriqué ! Je vous l’avais bien dit ! La responsabilité du lead est de faire en sorte que les extérieurs n’accrochent pas les tribunes aux points bas. Les équipiers n’ont nul besoin d’instruments, car à part les repères visés, rivés sur les avions de la patrouille, ils ne voient rien d’autre durant toute la présentation. OREILLE à GAUCHE…voix du lead !

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Clin d’oeil !
Un passage autour de Bréhat.

Tout ça c’est bien gentil, tu as fait une description rapide d’une barrique en patrouille serrée, mais ce n’est pas un briefing ! Hé là ! Chacun son truc ! La place dans ton fauteuil est encore chaude, ne la quitte pas, c’est la meilleure position pour réfléchir…ou s’endormir !

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OURAGAN.
Patrouille de France 1956 à Bremgarten, avec ma livrée.