Aéro-club St Brieuc Armor

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Publié : 30 décembre 2006

Vol inoubliable

Par un début d’après-midi d’un samedi de mi-septembre…

Cela fait maintenant plusieurs semaines que le temps est au beau fixe sur la Bretagne : ciel invariablement bleu et faible brise. J’ai prévu pour cette après-midi un petit vol local du côté de l’île de Bréhat : avec ce soleil, les couleurs devraient être magnifiques, n’ayant rien à envier aux îles tropicales. J’ai donc réservé une heure sur « mon » DR400-120 favori : le F-GGXC. Avec lui, je pourrai presque dire que l’on forme un vieux couple tellement j’ai l’impression qu’il me parle, tant par le son de son moteur que par ses réactions, que je sens « aux fesses ».

J’arrive donc au terrain avec une dizaine de minutes d’avance, histoire de dire un petit bonjour aux membres du club présents et d’avoir un peu de temps pour la prévol (si l’avion n’est pas en vol) et ainsi grappiller quelques minutes supplémentaires. Petit regard vers le parking : il est là !
Coup d’œil à son carnet de vol : il a volé ce matin… rien de particulier à signaler… il y a suffisamment d’essence… j’inscris donc mon départ dans l’ordinateur. Prévol sur le parking… RAS. Je monte à bord et démarre le moteur.

« St Brieuc Info du F-GGXC bonjour »
« … » pas réponse, ça sera donc en auto-info.

Je roule au point d’arrêt A pour la 06. Essais moteur… RAS. Il commence à faire chaud dans le cockpit, vivement d’être là-haut pour qu’il fasse un peu plus frais !

« St Brieuc du F-XC au point d’arrêt, je m’aligne et décolle piste 06 pour un vol sur Bréhat. »

Alignement en 06… recalage du conservateur de cap… lâché des freins… plein gaz ! Ma fidèle monture s’élance… on garde l’axe aux pieds… coup d’œil au badin, vitesse de rotation : manche à cabrer… ça y est, je suis en l’air !

Pas encore trop de temps pour profiter du paysage : je suis toujours à faible hauteur en montée initiale, le tourisme, ça sera dans quelques minutes. Coup d’œil au badin, la vitesse à un peu chutée : j’ai dû un peu trop tirer sur le manche à la rotation, c’est vrai qu’en ce début d’après-midi, la température au sol est plus élevée qu’à l’habitude. Je diminue donc un peu l’assiette et vérifie mon badin… la vitesse continue à chuter. J’ai encore une assiette trop importante ?! OK, je l’a réduit d’encore un poil… la vitesse chute encore !!
A ce moment, plusieurs idées se bousculent dans ma tête : si la vitesse continue de chuter, c’est le décrochage et à cette hauteur, c’est le carton assuré avec le sol ! Qu’est-ce qui se passe bord** ! Le régime moteur est pourtant bon… décollage au second régime ? Qu’est-ce que je fais : atterrissage d’urgence dans l’axe de la piste ? Coup d’œil devant : c’est pas terrible, il y plusieurs maisons… Je commence à transpirer à grosses gouttes, mais ça n’a plus rien à voir avec la température !
Bon, une grande inspiration, on se calme, on réfléchit vite et bien. Dans un premier temps, quelle est la situation ? Je suis à peu près à assiette nulle, plein gaz, un cran de volet, l’avertisseur de décrochage ne bronche pas… et mon badin me donne 50 (tous) petits nœuds. Bon, a priori, c’est le badin qui déconne, on va essayer un tour de piste basse hauteur pour revenir se poser directement ! Sécurité à gauche… personne… je tourne. Début de vent arrière… message radio…

Dédé, qui rentre d’un baptême, est en train de libérer par B :
« Qu’est-ce qui t’arrive ? »
« J’ai un souci avec mon badin, la vitesse indiquée est anormalement faible ! »
« Oh, c’est déjà arrivé sur un autre DR400 : c’est des mouches qui ont pondu dans le circuit statique. Tu rentres en pilotant au compte tour et c’est bon. » (facile à dire quand on est au sol !)

Bon, allons-y. Je diminue le régime moteur vers 2000-2100 tours. Volets et pompe c’est bon… Tiens au fait, j’suis à quelle altitude ? -300 pieds QFE !!! original…
Mais c’est déjà la fin de vent arrière… on réduit encore le régime moteur puis virage en base et en finale dans la foulée. Coup d’œil au PAPI : un peu bas… tant pis, ça passe, on verra plus tard pour le plan. Deuxième cran de volet… tiens, la vitesse affichée est passée à 80 nœuds !
La piste est là… courte finale… arrondi… touché des roues : c’est pas un « kiss » mais vu les conditions, c’est plus qu’honorable !

On libère la piste par B… roulage vers le parking club… j’ai maintenant +300 pieds QFE et 80 nœuds ! On libère la fréquence au parking… arrêt du moteur… et on range directement le DR400 dans le hangar (merci Roland binettes )… il y aura donc du boulot lundi pour le mécano ! Merci aussi à « mon » XC, tu m’as encore ramené sur le plancher des vaches « sans encombre ».
Bon, y’a plus qu’à remplir les papiers et tout raconter au bar du club… ces 17 minutes de vol, je ne suis pas prêt de les oublier !

Pourtant, avec cette météo, le vol devait être inoubliable