Aéro-club St Brieuc Armor

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Publié : 27 mars 2007

Tour de piste

Ce dimanche matin, le temps est couvert et la visi au sol est moyenne, puisque des Rosaires, j’ai du mal à apercevoir le port de St Quai. Je suis inscrit depuis peu à l’aéroclub de St Brieuc et Philippe Darchy m’a laché sur DR 400 en me précisant qu’il me faut faire 3 vols solo avant d’emmener des copains (les filles, c’était il y a longtemps) survoler le Tahiti d’Armor, comme dirait Georges. Je viens de Rennes où je fais du planeur depuis de longues années, et du Grob 115 depuis un an, pour voler l’hiver, au moment où les cumulus restent sous la couette. J’ai hâte de faire ces 3 vols et malgré le temps maussade, je décide d’aller faire des tours de piste, d’une part pour me familiariser avec le DR 400, d’autre part pour raccourcir le temps d’attente avant de faire partager mon plaisir. Il y a un avion de libre (ça change de Rennes où l’on doit le réserver une semaine à l’avance), je m’installe et je mets en route. Zut ! il n’y a pas d’information ATIS à St Brieuc. Bof ! pour des tours de piste, nul besoin d’un CAVOK. J’annonce mon intention à la tour de faire des tours de piste, essais moteur et je m’aligne en 24. Je suis autorisé, pleins gaz et en route pour un tour de manège ! Je monte droit devant, je suis presque à 300 Ft, je m’apprête à rentrer les volets et éteindre la pompe électrique, et là, surprise, j’entre dans du coton, plus de visibilité vers l’avant, un rapide coup d’œil à droite et à gauche, pas mieux. Je sens ma main se crisper sur le manche et la sueur couler de mes aisselles. Grand moment de solitude, je pense en moi-même : y a quelqu’un ? Personne, walou, tu te demmerdes. C’est étonnant comme on pense vite dans ces conditions : « demi-tour droite, je fais faire un contre QFU. Je suis dans l’axe, si je fais un 180° je me retrouve dans l’axe, manche en avant et en perdant quelques mètres d’altitude, je vais retrouver la visi que je viens de perdre. » C’est bon, allons y : d’abord arrêt de la montée et mise en vol horizontal, puis virage à droite dans le calme et la souplesse : 2100 tours, inclinaison 15°, manche légèrement avant, il ne s’agit pas de remonter. Ca a l’air d’aller. Je ne vois rien dehors, l’instruction de vol sans visibilité revient en mémoire, puis dirige mes gestes : les yeux fixés sur l’horizon artificiel et le compas, je regarde les caps augmenter. Il faut que j’informe la tour. Merde, à peine arrivé à St Brieuc, je me fais déjà remarquer ! Je vais être grillé pour un bout de temps ! J’attends d’être dans l’axe 06 pour la contacter. Le compas continue à tourner : 04, 05, 06, stop, inclinaison nulle. Normalement la mer est droit devant. Aujourd’hui c’est la purée de pois. Mais que suis-je venu faire dans cette galère ? Bon, tacher de deviner la piste. Visibilité horizontale nulle dans tous les sens, mais, Miracle, j’aperçois la piste sous l’avion, comme dans un brouillard, mais je la vois, un peu sur ma droite et parallèle à ma trajectoire. Je la vois même dans toute sa longueur, mais guère plus. Je renonce à faire un contre QFU qui affolerait tout le monde et je m’annonce en vent arrière. Je lève les yeux des instruments et je les fixe sur la piste que je ne lâche pas une seconde. Etape de base, finale, la tour me demande : c’est pour un touch ? Non, monsieur, c’est pour un saut à pieds joints avec de la colle sous les semelles, après le tour de piste le plus « basse hauteur »et le plus long de ma courte vie de pilote, je n’ai pas la moindre envie de redécoller. Décoller n’est pas joué, je passe mon tour.