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Publié : 18 mars 2007

Une semaine ordinaire à St Auban

St Auban

Lundi 29 mai

Mistral 15 nœuds. Vol avec Guillaume sur Janus B. Décollage sportif, à raz des arbres et des maisons, les ailes dans tous les sens. Jetés sur les Mées. Quelques allers et retours sur la pente, puis du thermique. Cap sur la Vaumase. Tabassage en règle. Je tape dans la verrière. Je resserre mes sangles. La poussière remonte du plancher, mes pieds tapent dans le tableau de bord. On évite Authon et on file sur le rocher de Hongrie. Guillaume me montre La Motte du Caire à droite et le terrain de Sisteron à gauche. On oblique sur la tête de Boursier sous des cumulus bien noirs. L’ascendance n’y est pas, ni en thermique, ni en dynamique. On prend du -5 pendant une minute. Cap sur Sisteron à 150 Kms/h. Arrivée à 1300 m verticale Sisteron, on trouve un petit +1. On spirale et on se laisse dériver jusqu’à la montagne de Gache. Là, la crête donne bien et on se refait. Cap à l’est, on laisse Authon sur la gauche et on vise Auribeau, -3, on continue sur la Bigue, -5, le sol se rapproche plus vite que désiré, on voit trop bien la ville de Digne. Guillaume appelle Poulet (le chef des vols) au secours. Poulet très calme : « Continue et prend la face nord-ouest du Cousson, ça va donner ». Ca donne, d’abord en dynamique, puis en thermique. Rassérénés, on fait le plafond à 2600 m et on rentre tout schuss à St Auban sous une rue de nuages.

Mardi 30 mai

Grand bleu, pas un nuage. Mistral 20 nœuds. Je vole avec Nicolas sur Duo-Discus. Le vent doit faiblir dans la journée, tant mieux. Je vole en 3° rotation car je dois m’occuper de Jean Louis Garello, qui doit faire son vol réservé aux conférenciers. Je lui montre sa chambre et l’installe plus tard dans son planeur avec Roger Eyrier. A 17 h, mon taxi arrive. Je fais le décollage. Bonne surprise : ça turbule moins qu’hier, malgré le vent plus fort, et j’arrive à maîtriser le Duo. Mauvaise surprise : nous décollons en bout de piste juste au-dessus des arbres et nous frôlons les toits du village de St Auban. Si le câble casse, pas d’échappatoire… Ca remue toujours, le câble se détend plusieurs fois, j’essaie de le tendre en douceur… Le remorqueur nous jette sur les Mées. Quelques allers et retours, puis spirales, ça monte facile. On pique sur « la tôle ondulée ». Ca brasse bien mais ça monte. Arrivée à Authon. Moins stressé que les années précédentes, je frôle correctement la pente et Nicolas ne me reprend pas. Ca monte d’enfer et un seul aller suffit à nous propulser dans le col au nord-ouest. On aperçoit La Motte du Caire à 1 heure. Virage à 90° par la gauche, on monte en pente le long de la montagne de Gache. Survol de Sisteron, puis attaque de la montagne de Lure jusqu’à son extrémité ouest, puis direction nord-ouest au vent d’un nuage de rotor. Tout à coup, tout se calme. Ca monte régulier à +2 en ligne droite. C’est de l’onde. On prend des repères au sol pour bien rester dans le ressaut. Dès que l’ascendance fléchit, 360° et on retrouve le +2 régulier. On se décontracte, on respire et on regarde le paysage…On atteint gentiment 3500 m, qu’on ne dépasse pas car c’est le plafond autorisé ce jour là. Je ne ressens pas les conséquences de l’hypoxie. Nicolas qui est fumeur, respire de l’oxygène pour assurer un retour dans des conditions optimales. On reste dans le ressaut qu’on suit à l’est. On longe le mont Ventoux. Loin à gauche, la chaîne du Lubéron. Nicolas me montre avec le bout de l’aile gauche Apt et sa piste d’aviation militaire interdite. A droite, au-delà des Baronnies, le relief tourmenté du Diois. En face, la vallée du Rhône avec droit devant : Vaisons la Romaine. Très loin à gauche, l’étang de Berre. Nous naviguons entre les nuages de rotor. Nicolas me montre l’irisation du nuage sous forme d’un petit arc-en-ciel, puis il vient mettre le planeur de telle manière que son ombre vienne se plaquer sur l’arc-en-ciel, à quelques mètres de nous. Vision féerique… Demi-tour sur un axe un peu plus nord. Je dis à Nicolas que j’ai fait du delta à Laragne il y a quelques années. « Eh ! bien tu vas faire du vol de pente au même endroit. Sors les AF(aérofreins) ». On descend à -6 jusqu’à la montagne de Chabre. Il n’y a plus qu’à remonter en vol de pente en un seul aller et retour tant ça monte bien. Pas de deltaplane à l’horizon, le vent est trop fort…Au sommet de la pompe, cap sur la montagne de Gache à 200 Kms/h. On arrive à mi-pente, virage à gauche, ça monte mieux que tout à l’heure. 1900 m, largement assez pour rentrer en trace directe à St Auban où nous atterrissons avec 25 nœuds de vent sur l’axe 340°.

Mercredi 31 mai

Orageux à l’est. 40 nœuds de mistral. 15° Celsius Poulet : « Ce qui m’inquiète c’est la neige sur la Malaup. Si vous ne le sentez pas, vous décollez pas », dit-il aux instructeurs. « En tout cas, pas de monoplace aujourd’hui » En principe, je vole aujourd’hui avec Roger Eyrier, en deuxième rotation. Le congressiste qui doit voler en premier veut me céder sa place, mais je ne suis pas chaud…Roger : « Vous voulez y aller ? On va regarder ce que fait Poulet, mais je ne ferai peut-être qu’un vol ». Toute la plate-forme attend le verdict du flying chicken et a les yeux fixés sur son planeur.

Poulet ayant donné le feu vert quelques minutes après son décollage, tous les planeurs décollent et vient mon tour à 15 heures. Roger fait le décollage, et ça m’arrange plutôt…d’autant qu’il s’avère assez sportif… Je reprends les commandes sur les Mées où ça monte bien (évidemment, avec ce vent de face..), d’abord en allers et retours, puis en spiralant. On pique sur le piton de Peyruis où l’on prend suffisamment d’altitude pour prendre l’onde de Lure jusqu’à 4300 m, où on se fraye un chemin entre les nuages. Il fait -17° et je ressens de la fatigue. Roger qui, lui, a de l’oxygène, me fait redescendre aux AF.

Jeudi 1er juin

Grand bleu. 15 nœuds de mistral. 21° Celsius. Il fait moins froid qu’hier, mais le froid en altitude m’a fait acheter une polaire. Corinne m’a vendu la dernière du centre, un peu petite, mais ça fera l’affaire. Vol en Duo-Discus avec Eric Fix en 2° rotation. Décollage à 16h15. Il fait chaud derrière la verrière en attendant le remorqueur, mais je vais peut-être me rafraîchir en vol. J’ai les commandes. Décollage très doux. Départ sur la Vaumase. Un peu de tabassage, mais sans plus. Authon, les Monges, on rejoint le « parcours du combattant » à la Blanche qu’on suit jusqu’à Dormillouse. Traversée de la vallée de l’Ubaye jusqu’au Morgon. Là, on rencontre Didier Hauss en Piwi qui nous entraîne à l’est. On suit toute la crête en surplomb de Barcelonette jusqu’au Grand Bérard. Superbe vue sur la montagne saupoudrée de neige. Puis cap sur la tête de Siguret. Tout droit : la pointe acérée du Monte Viso en Italie. Didier est un peu plus bas que nous ; il nous prévient qu’il rentre à St Auban.On continue au nord, passage du col de Vars, puis on survole la ville de Vars, puis la station de sport d’hiver de Risoul, à la recherche de l’onde. Un peu plus au nord, le Glacier Blanc que j’ai déjà survolé il y a 2 ans. On ne trouve pas l’onde(malgré 300m), retour par Embrun, le lac de Serre Ponçon, et retour St Auban par la même route. Ca tombe bien, j’ai une terrible envie de pisser. Nous sommes haut et on aperçoit sur la gauche le lac de Castillon, puis celui de Ste Croix. Montagne de Coupe, le Cousson, là où nous étions très bas lundi, mais cette fois nous sommes suffisamment haut pour rentrer directement à St Auban. Nous volons de conserve avec Daniel Serres dans son DG 1000. Je montre à Eric un énorme nuage lenticulaire en forme de pile d’assiettes qui parait être sous le vent de la montagne de Lure. « On va aller voir » me dit-il. Arrivée verticale terrain à 2200 m. On continue vers le lenticulaire. Tant pis pour mon envie de pisser. De l’onde, çà ne se rate pas. On avance toujours. Le vario devient positif en ligne droite : +1, puis +2, puis +3, finalement +5 à 85 Kms/h en ligne droite dans le calme le plus complet. Le DG 1000 est à 500 mètres au-dessous. Daniel Serres abandonne. J’apprendrai le soir qu’il n’a pas d’oxygène. L’altimètre monte à vue d’œil. 3000, 3500, 4000, 4500 m. J’ai froid malgré ma polaire. Eric me passe le tuyau d’oxygène que nous nous partageons chacun notre tour. On arrive au niveau du lenticulaire que nous dépassons. 5000, 5500, 6000 m. J’ai très froid, je tremble, ma vessie va exploser, mais je ne dit rien à Eric, pour ne pas redescendre trop vite. Je prends un pied immense, c’est le grand bleu à l’envers. « T’as les commandes ? » me demande Eric. « Non, c’est toi ». « Non, non, je ne touche à rien ». Le planeur vole tout seul sans une vibration, dans le sifflement uniforme de l’air. Si ce n’est pas le paradis, çà y ressemble…Je ferme l’aération à cause du froid intense. « Non, ne ferme pas, ça va givrer » me dit Eric. Effectivement, du givre se forme en quelques secondes sur la verrière, nous cachant la visibilité et je suis obligé de rouvrir la trappe d’aération au risque de geler moi-même. Après 10 mn de bonheur vélivole ultime, nous descendons aux AF en nous débouchant les oreilles toutes les 30 secondes. Atterrissage quelques minutes plus tard avec 30 nœuds de vent (on n’a pas d’onde sans rien), épuisés, mais ravis.

Vendredi 2 juin

Toujours du mistral. Je vole en 1ère rotation avec Eric sur Duo-Discus. Nous volons vers le nord : Laragne, Serres et l’aérodrome de Klaus Ohlmann, le recordman du monde de distance en planeur que j’ai croisé plusieurs fois dans son planeur jaune, Aspres, la crête des Apotres où l’onde n’est pas au rendez-vous. Vol fatigant, turbulent, pompes hachées difficiles à centrer, même pour Eric qui se fait jeter des pompes, même à forte inclinaison. Nous décidons de rentrer à l’écurie. Mais sur le chemin du retour, un écran noir nous empêche de voir au-delà de Sisteron. On apprend par la radio qu’un grain est sur le terrain de St Auban, qu’il n’est plus question d’atterrir, qu’un Pégase est déjà dans la Durance. La voix d’Alain Poulet demande à tous les pilotes de rester haut et en local d’un autre terrain. Nous sommes au-dessus de la montagne de Chabre, à 1800 m, en local de Sisteron, avec 4 ou 5 autres planeurs. Alain conseille les uns et les autres, reste à la verticale des Mées pour surveiller l’évolution de la meteo. Une vingtaine de minutes plus tard, Alain donne le feu vert pour atterrir à St Auban. Tout le monde met manche en avant. Il y a toujours un rideau noir dans la vallée de la Durance entre Sisteron et St Auban. Nous nous précipitons dans un trou clair au-dessus de la montagne de Lure que nous franchissons à 200 Kms/h et atterrissons sans problème dans un vent revenu à des forces raisonnables.(quelques minutes plus tôt, les pilotes atterris dans le grain avaient interdiction de sortir du planeur. Malgré cela, un biplace, chargé à 80 Kgs à l’avant et 130 Kgs à l’arrière a pivoté de 45° à l’arret sous l’effet du vent)

Post-scriptum

* St Auban se trouve dans les Alpes du sud (entre Digne et Sisteron). On y trouve LE centre de formation de vol à voile qui fait référence, aussi bien pour l’initiation, le perfectionnement, l’instruction, que la compétition.