Aéro-club St Brieuc Armor

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Publié : 13 avril 2007

Premier vol solo : souvenirs, souvenirs…

Fin de l’été 1999…

Commençons par planter le décors : cela fait maintenant environ un mois que je prends des cours de pilotage à l’aéroclub du Poitou (à Poitiers - LFBI). Je vole sur Cessna 150… pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un monomoteur biplace côte à côte à ailes hautes. Le manche est ici remplacé par un volant et l’unique manette de gaz est située au milieu de l’avion… donc, pour le décollage et l’atterrissage, c’est main gauche sur le manche et main droite sur la manette des gaz (l’inverse du DR400 donc !). Après avoir étudié le vol en palier, les virages, les mises en montée ou descente… mon instructeur a commencé à m’enseigner l’art du tour de piste !
Le terrain dispose de 3 pistes (1 en dur et 2 en herbe, mais dont une est réservée aux planeurs) orientées en 03-21. La « préférentielle » est la 21 : il y a un ILS et l’approche est moins turbulente…

Je vais faire ici une petite parenthèse pour décrire la finale 03 de la piste en dur (si jamais quelqu’un compte aller sur Poitiers…). Vu de loin, c’est une approche assez classique : à environ 3km, il y a un petit bois de forme carré assez caractéristique. On survole ensuite l’aire de repos de l’autoroute, puis la vallée de la Boivre (c’est le nom de la rivière) et on arrive alors au niveau du seuil… Il y a aussi un PAPI pour indiquer le plan pendant toute la durée de l’approche… Vu comme ça donc, c’est assez facile…

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Approche 03 LFBI

Oui, mais… il y a cette fameuse vallée de la Boivre ! C’est grâce à (ou à cause d’) elle qu’il y a un seuil décalé en 03. Pour mieux visualiser la géographie des lieux, voir le schéma.
La finale se décompose en 3 phases : avant, pendant et après le survol de la vallée.

  • Avant. C’est une approche normale, RAS ! On se place bien tranquillement sur l’axe et sur le plan…
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  • Pendant. Là, ça se « gatte » un peu : comme il y a « plus d’eau sous la quille », notre avion va avoir tendance à s’enfoncer et passer sous le plan. Comme on est alors à seulement 500 mètres du seuil (environ 800 du point d’aboutissement (PA)), on se dépêche de corriger (assiette et moteur).
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  • Après. On vient de rattraper le plan quand notre avion fini de survoler le « trou » (on est alors à environ 300 mètres du seuil, 600 du PA). Comme on retrouve « moins d’eau sous la quille », il se produit le phénomène inverse qu’au début du trou : notre avion remonte et on se retrouve au-dessus du plan alors qu’on arrive au début de la bande…
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A ce niveau, on a alors deux choix possibles : adopter un plan plus fort pour conserver le même PA ou rallonger la courte finale, sachant qu’on dispose de 2350 mètres de piste…
La meilleure manière d’arriver en 03 est donc d’anticiper l’effet de la vallée !

Fin de la parenthèse, retour à mon histoire.

Cela fait donc plusieurs séances que je travaille le tour de piste, tant en 21 qu’en 03. Pour cette dernière, j’arrive relativement bien à anticiper l’effet du trou sur la trajectoire en finale.
Et nous voila en fin de matinée du 3 septembre. J’ai rendez-vous avec mon instructeur pour une nouvelle séance de tour de piste. Nous commençons donc… Ce matin, c’est la 03 en service. Un premier tour de piste, c’est bon, on redécolle… un second… on redécolle… un troisième… je m’apprête à remettre pleins gaz quand mon instructeur attrape ma main sur la manette et la met en plein réduit :
« Ca te dit d’en faire un tout seul ? »
« heu… » (un peu de stress !) « ouais ».
On sort donc de la piste pour déposer le pax binettes … qui annonce à la radio que ce sera un TDP en solo et qui me dit qu’il monte à la tour pour suivre la manoeuvre et qu’en cas de problème, je n’ai qu’à demander, il me conseillera à la radio !

Bon, ben c’est parti : radio… alignement 03… plein gaz… rotation… J’ai une question qui me trotte dans la tête pendant toute la montée initiale : « mais qu’est-ce que je suis venu faire là dedans ?! » Bah oui : quand je tourne la tête à droite, y’a plus personne ! J’suis vraiment tout seul dans l’avion !
Ensuite, les premiers automatismes acquis reviennent : virage en vent traversier… passage en vent arrière… message radio. C’est cool : j’suis numéro 1 (il n’y a personne d’autre dans le circuit)… c’est toujours ça de moins à s’occuper ! Virage en base puis en finale… On négocie le survol de la vallée…
Et me voila donc en courte, dans l’axe et sur le plan. J’arrive au-dessus du début de la bande en dur (j’ai pas encore passé le seuil décalé, mais d’ici 1 seconde ce sera fait…)… et là (ben oui, jusque là, ça s’était trop bien passé binettes ), je ne comprends pas ce qui se passe, mais le Cessna part « en sucette » : le nez pointe à gauche et franchement vers le bas : partout où je regarde dans la verrière, je ne vois que la piste (et les abords en herbe) et en énorme, les marques « 0 » et « 3 » !
Bon, alors, c’est fini, y’a plus qu’a baisser le rideau ? J’ai plus que 3 ou 4 secondes à vivre ?


Peut-être pas finalement : avant même de réfléchir, mon pied droit écrase déjà le palonnier et ma main gauche tourne le volant à droite (pour remettre les ailes à plat) tout en tirant le manche à fond vers mon ventre !! Instinct de survie, réflexe, ange gardien ? Toujours est-il que l’avion reprend une position normale pour un arrondi… les roues touchent… c’est bon, j’suis au sol intact ! Retour au parking club puis arrêt du moteur.

Déjà que le lâcher solo, il parait qu’on ne l’oublie pas… et bien en tout cas, le mien, je ne suis pas prêt de l’oublier !! Pour la petite histoire, après débriefing, il s’avèrera que j’étais un peu lent en finale et que j’ai pris une rafale de vent…

En tout cas, ça ne m’empêchera pas de revoler l’après-midi même, toujours en TDP et d’en refaire un en solo ! binettes